
Une jeunesse heureuse à Oran, la guerre et l'indépendance d'Algérie, le retour vers la France.
C'est la place du quartier. Pour l'instant, tout est encore silencieux. Le petit commerce de fournitures scolaires de Mme Ascension vient d'ouvrir. On attend quelque chose : le marchand ambulant qui vend de la "calentica ", la fameuse galette faite avec de la farine de pois-chiche se prépare.
Bientôt, s'ouvrira la porte du patronnage tenu par les Frères Salésiens et les enfants sortiront en criant, courant et envahiront la place.
Le centre aéré du mercredi après-midi accueille Isidore.
Aujourd'hui, il nous le raconte.
Il se rappelle de tous les jeux. Le jeu de la petite guerre, où on se protège de balles en tissu avec un bouclier. Le pas de géant : il faut tourner autour d'un poteau avec une corde attachée au pied. Le jeu de l'oie, le jeu de dames. Que de fous-rires !
On apprend aussi les jeux d'adresse, où il faut lancer des jetons dans la bouche d'un crapaud.
Isidore se souvient d'avoir pratiqué l'athlétisme. Le patronnage a aussi organisé du théâtre : Isidore a tenu un rôle dans " la Passion du Christ ", il était figurant dans la foule.
Des souvenirs d'enfances liés aux Frères Salésiens qui se concluent par sa première communion.
Les années passent, Isidore devient jeune homme et avec trois garçons, il fait ses premières sorties de jeunesse. Rue d'Arzeu. C'est le lieu de rendez-vous de tous les copains, dans le Oran des années quarante. La foule des adolescents qui s'y rencontre est si dense que parfois le tramway est obligé de ralentir ou même de s'arrêter.
La rue d'Arzeu débouche sur la Place d'Armes : au moins dix lignes de tramways y ont leur terminus. C'est un lieu important : l'opéra, le cercle militaire, la mairie, la pharmacie d'urgence et un grand magasin de prêt à porter. C'est le centre ville, ça bouge. Isidore et les jeunes gens de son âge se rassemblent là pour décider du lieu de leur sortie : cinéma, bal et quand le temps le permet, sortie à la plage Bouisville. On y va en empruntant la corniche qui part du complexe sportif l'Oranaise et va jusqu'à Aïn-El-Turk, petite station balnéaire : vingt kilomètres de plage ininterrompue.
Les sorties ne sont pas les seules occupations d'Isidore, il y a aussi l'école ! Il passe son CAP de comptable vers seize ans. Ce choix de métier est influencé par la passion d'Isidore pour les chiffres et l'écriture.
A dix-neuf ans, c'est l'armée, la guerre pour vingt-sept mois, un moment éprouvant, les horreurs n'épargnent pas le moral d'Isidore. A la fin de la guerre, à vingt-et-un ans, il rentre du régiment. Il se repose à Casablanca chez une tante et ses cousins, Antoine et Marie-Louise.
De retour à Oran, le destin lui fait rencontrer Antoinette. Ce sera sa future épouse. Trois enfants naitront : Denis, Martine et Sandrine.

Isidore assure la vie de famille en continuant sa fonction de comptable dans plusieurs entreprises : d'abord à la Minoterie Puga, qui produisait de la farine de blé tendre, puis dans le port d'Oran, chez un réparateur de bateaux : l'équipe était déjà prête à intervenir dès la réception des S.O.S lancés par les bateaux en difficulté en pleine mer. Isidore travaillera aussi chez Peugeot.
En 1962, à trente huit ans, l'indépendance de l'Algérie oblige Isidore et sa famille à rentrer en France. Toutes les familles expatriées recueillies dans le Doubs, sont logées au Château de Bouclans à côté de Besançon, transformé pour cet événement en plusieurs " box" familiaux, nous raconte-t-il. Antoinette, tout en étant mère de famille, trouve le temps de travailler comme couturière dans un atelier de confection.
Trois mois passent. Isidore rencontre un directeur de fonderie qui lui propose d'exercer son métier et lui trouve un logement pour lui et sa famille pendant un an. Vers la fin de cette année, les projets professionnels d'Isidore sont influencés par la rencontre d'un représentant en assurance-vie. Echappant au chômage, Isidore va devenir assureur, il sera formé par ce représentant qui n'oubliera pas l'objet de sa visite : lui vendre une assurance-vie.
Par la suite, Isidore et Antoinette partent vivre vingt-cinq ans à Argenteuil. C'est là que Denis, leur fils, est aujourd'hui encore prothésiste dentaire et c'est là aussi, qu'Isidore reviendra à son premier métier, ceci jusqu'à sa retraite.
Nous remercions Isidore de nous avoir dévoilé sa vie personnelle et de nous avoir accordé de son temps pour la rédaction de ce texte.
Virginie & Aline
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