lundi 26 janvier 2009


Les Aventures de Madame Léontine


Résumé de l'épisode précédent : Madame Léontine décide de ne pas partir pour Marseille. Elle préfère rester à Nîmes et savoir si elle a gagné au tiercé. Sur le quai de la gare, il lui reste à faire le point avec Henry....


Léontine : « Si j'ai demandé à Missa de nous laisser un moment, ce n'est sûrement pas pour te dire du bien. J'aimerais vraiment ne plus te revoir ! » lui dit-elle d'une voix ferme.
Henry : « Mais ? Pourquoi dis-tu cela ? C'est bientôt Noël...Je voulais juste te proposer de passer le réveillon avec moi ! »
Bien sûr, Henry est loin de se douter de la réaction de Léontine et il est bien surpris de voir qu'elle n'est pas du tout de son avis.
Léontine : « Et qui te dit que j'ai envie de passer Noël avec toi ?...Moi, je souhaite qu'on en reste là. »
Elle s'en va laissant Henry sur le quai. Missa la rejoint devant la gare mais chemin faisant, ne lui pose aucune question de peur d'être indiscrète. Pour détendre l'atmosphère, elle lui parle des fêtes et lui propose de commencer à réfléchir sur ce qu'elle souhaiterait faire.
Léontine : « Avec tout ça, j'ai oublié de me rendre dans un bureau de tabac pour savoir combien j'ai gagné. Arrêtons-nous au bar du Cygne. Oh la la ! Ma petite Missa, qu'est ce que je vais faire si je gagne une somme importante ! » demande-t-elle en soupirant.
Missa éclate de rire : « Vous trouverez !! Ne vous inquiétez pas ! Voilà, entrez, nous y sommes. Je vous attends ici. »
Léontine : « Tu n'entres pas ? Viens, ça me rassurerait de t'avoir à côté de moi ! »
Dans l'ambiance chaude et bruyante, le barman leur demande d'une voix un peu moqueuse : « Que puis-je faire pour ces deux jolies petites fées ? »
Léontine : « C'est vous qui le dites ! Ce qui est sûr, c'est que mon ticket est gagnant ! »
Le barman : « On va voir ça tout de suite ! »
Il consulte la machine et arrondit les yeux comme des billes.
Le barman : « Pour avoir gagné, vous avez gagné ! et pas n'importe quoi ! Votre combinaison vous rapporte la somme de 10.595 euros et 16 cents. »
Léontine : « Tu as entendu, ma Missa ! Ne suis-je pas en train de rêver ? Mon Dieu ! Qu'est ce que je vais faire de tout cet argent à mon âge ! »
Le barman : « Félicitations ! Je vous remets ce document avec lequel vous devez vous rendre au PMU pour recevoir votre gain, vous offrez une tournée générale ? »
Missa : « Je suis si heureuse pour vous ! Nous allons trouver ce qui vous fera plaisir...Euh, en attendant, nous ne devrions pas trop nous attarder ici. »
Les jours passent. Madame Léontine a encaissé son gros chèque mais elle ne sait toujours pas quoi faire de cet argent. C'est un vrai souci.
Noël approche à grands pas. Léontine et Missa se font une joie de faire les boutiques.
Léontine : « Cette année, je veux tout faire en grand, il faut acheter un beau et grand sapin
avec de magnifiques décorations et des cadeaux à n'en plus vouloir. »
Missa : « Cela sera un noël magique. On fera comme vous voudrez, ce qui compte, c'est que vous soyez heureuse. »


Madame Léontine : « Humpff...Parce que je le vaux bien ! » répond-t-elle, toute émue par ce que Missa vient de lui dire, et en son for intérieur, elle décide que, oui c'est vrai, elle se fera un cadeau exceptionnel !
Léontine : « Qui vais-je inviter à ma table, tu n'aurais pas une petite idée, toi ? »
Missa : « Moi ? Vous m'invitez ? Je suis touchée de votre attention. »
Léontine : « A moins que tu n'aies d'autres projets, ça me ferait plaisir de vous inviter ta fille et toi. Si tu es d'accord ! Elle pourrait aussi décorer le sapin. Je pense que cette année, j'ai envie de fêter Noël dans l'intimité, juste vous et moi. »
Un silence s'installe entre elles, émues et surprises. Les larmes ne sont pas loin.
Dans les derniers jours de Décembre, les préparatifs se sont organisées. Après les courses, à quelques heures du réveillon, madame Léontine monte dans sa chambre et demande à Missa de ne pas la déranger : elle a eu une idée de ce qu'elle voulait faire de son argent. Soudain, on frappe à la porte, Missa va ouvrir.
Devant elle, se dresse une grande silhouette élégante : « Bonjour, je suis votre nouveau voisin êtes-vous la maîtresse des lieux ? »
Missa : « Non ! Elle est dans sa chambre. Mais je vous en prie, entrez ! » Mais qui peut bien être ce bel inconnu, se demande-t-elle. « Puis-je vous proposer quelque chose à boire en attendant madame Léontine ? »
Le voisin : « Non merci ! C'est donc une dame Léontine que nous attendons ? Quel prénom charmant ! »
A nouveau, on frappe à la porte, et cette fois devant Missa, se présente Henry.
Missa : « Vous ? Ici ? Mais que voulez vous à la fin ? »
Henry : « Je voulais juste souhaiter de bonnes fêtes à Léontine. »
Léontine, qui veut savoir d'où viennent tous ces bruits de porte qu'elle entend de sa chambre, descend et est bien étonnée de voir Henry sur le pas de la porte. Mais elle ne se laisse pas démonter, elle dit d'une voix bien ferme : « Que viens-tu faire chez moi ? Je t'ai déjà dit que je ne souhaitais plus te revoir et que je souhaitais que tu me laisses tranquille. »
Henry, voyant que son temps est compté, fonce droit au but de sa visite : « Je voulais juste savoir ce que tu vas faire de ce que tu as gagné, je connais quelqu'un qui peut te faire faire de bons placements et si...»
Il n'a pas le temps de finir sa phrase, Léontine le coupe sèchement : « Je ne pense pas t'avoir demandé quoi que ce soit et...»
Missa sentant arriver l'orage, les interrompt : « Permettez, permettez... Permettez-moi de vous présenter notre nouvel invité...Monsieur ? »

Qui est ce nouveau voisin qui vient d'emménager ? Comment réagira Henry en le voyant ?
Quel sera le fabuleux Noël que Madame Léontine a imaginé ?
La suite au prochain numéro !


Ilham et Djamila

Nöel est la




Pour les uns, fête païenne du soleil.
Pour les autres, commémoration de la naissance du Christ, sauveur de l’humanité.
Jour de messe, de pardon et de miséricorde.
Ou tout simplement, jour de rencontre entre les familles et les amis
autour du sapin.

Jour du souvenir aussi. Les Noëls du passé, vous vous en souvenez, on marchait au pas de course, la liste des cadeaux s'allongeait avec tout le désir de faire plaisir à nos petits, de ne pas les décevoir, on courait pour le bonheur de voir leurs petits yeux brillants, pour entendre leurs cris de joie, mais nous étions de jeunes parents et le portefeuille nous criait : " Fais attention ! Janvier arrive et il y aura 31 jours à faire vivre toute la famille ! "
Aujourd’hui, les voilà parents à leur tour et tout recommence. Mais quelques soient les difficultés passées ou présentes, décembre, c'est avant tout la magie de Noël qui nous aide à redéployer nos ailes, qui nous inspire quelque chose d’impalpable, d’indéfinissable : c’est l’esprit de Noël. Quelques-uns d’entre nous se sentiront moins bien, il faut les comprendre, - voire même pourquoi pas ? – les inviter, songez-y... Noël est une époque où la solitude se fait plus criarde et l’esprit de Noël ne peut se ressentir sans au moins un geste de solidarité.
Mais si nous sommes à Noël, c’est que janvier 2009 tape déjà à la porte. C’est comme si au début 2008, on avait cligné des yeux et qu'ensuite les mois se soient mis à défiler à grande vitesse. Bon, l'année qui s'en va, nous a donné des évènements comme les Olympiades de Pékin, ce qui nous a permis de lever – un tout petit peu – le voile sur Empire du Milieu, pardon, sur la République Populaire de Chine. Leur savoir-faire nous a ravi. On ne peut pas dire de même pour les droits de l’homme, mais ça, c’est une autre histoire qui ne peut pas venir entacher notre fête.
Pour la revue "Mémoires Vives", c’est un peu comme un bilan. Nous allons regrouper dans ce numéro, des articles, témoignages, photos que nous avons déjà édités. Nous remercions encore toute les personnes qui y ont participé. Car nous nous sommes absentées quelques jours pour un stage auprès de personnes âgées, à leur domicile. (Moins de temps pour la revue, plus de temps consacré à notre futur métier). La récompense de nos efforts, c’est la nouvelle année qui va commencer. Nous espérons rencontrer et recueillir des témoignages, apporter de nouvelles photos, voyager en images et nous évader dans de nouveaux numéros.
L’équipe de Mémoires Vives commence l’année avec de nouveaux espoirs : réussir le titre d'assistante de vie, trouver un emploi. Le travail dans cette revue nous apporte des connaissances et un enrichissement pour bâtir notre futur métier. Nous remercions vivement les associations et les personnes qui sont venues dans nos locaux nous apporter leurs connaissances dans des domaines divers comme la maladie d'Alzheimer, l'hygiène et la santé, la laïcité...
Avec une pensée émue pour les personnes âgées que nous avons rencontrées : nous vous souhaitons un Joyeux Noël et vous présentons nos meilleurs voeux, avec beaucoup de joie pour 2009.

Araguaci & Evelyne

Deux ans et demi d'Exil


Voici l’histoire d’un jeune homme de 21 ans appelé Moïse,
serrurier ajusteur et travaillant à la SNCF


Nous sommes en 1942. La seconde guerre mondiale a débuté, il y a déjà trois ans lorsque Moïse est recruté pour intégrer un chantier de jeunesse (1). Durant six mois, il va donc y travailler en temps que mécanicien en cycles.
En 1943, arrivé au terme de ce stage forcé, au moment de sa démobilisation, il apprend en rentrant chez lui, comme des milliers d’autres Français, que le Service du Travail Obligatoire (2) a été mis en place. Quelques jours seulement après son retour il est convoqué par courrier. Il doit partir le lendemain en direction de l’Allemagne pour aller y travailler. Combien de temps ? Et pour y faire quoi exactement ? Il ne le sait pas encore.
Beaucoup de jeunes pensent à déserter mais les menaces sont explicites : S'ils ne partent pas, ce sont les familles qui le payeront… Certains prennent le risque de s’enfuir vers des maquis dont l’existence n’est encore qu’une rumeur, mais pour la majorité des autres, le risque est trop important, ils optent pour l’Allemagne.
Ce jour de mars 1943, à la gare de Nîmes, Moïse part,avec beaucoup d’autres hommes, vers l’expatriation. Leur départ se fait sous les cris et les huées contre le gouvernement de Vichy. Dès leur arrivée à la frontière allemande, l’atmosphère change.


L’ordre et la discipline sont imposés par des soldats, ils commencent à comprendre le régime nazi. Au terme de cette traversée de l’Allemagne, Moïse découvre le camp de travail de Gleiwitz, où il est recruté pour travailler dans la DR, c'est-à-dire la compagnie de chemin de fer.
La vie s’organise peu à peu, logé dans une baraque avec dix-huit compagnons. Le travail est dur et sans distractions hormis un cinéma. Il passe le temps en écrivant à sa famille et surtout en dormant.
La libération ne viendra que deux années plus tard, après de nombreux faux espoirs, la Russie l’emporte enfin.
Au mois de février 1945, les Russes ordonnent aux travailleurs français d’évacuer vers la Pologne par leurs propres moyens. C’est donc à pied, en stop, puis en train que Moïse débute le voyage. Escale de 68 jours en Pologne durant laquelle ils sont contraints de rester enfermés dans une caserne.
Puis nouvelle destination : La Russie, pays soit disant allié de la France où Moïse et ses
compatriotes découvrent qu’ils ne sont ni mieux traités ni mieux considérés qu’en Allemagne.
Après un mois dans ce pays peu accueillant les rapatriements s’organisent enfin. Tous pensent retrouver directement leur pays mais le retour est organisé différemment : Pologne, Allemagne, Belgique et enfin la France.
Le 20 juillet 1945, Moïse retrouve Nîmes après deux ans et demi d’absence. La joie devrait être au rendez vous et pourtant… Malgré le bonheur de rentrer chez lui, de retrouver sa famille et son pays, une angoisse indescriptible règne dans les wagons du train qui ramènent les exilés. Cela fait presque un an qu’ils n’ont pas de nouvelles venant de leurs proches.
Qui vont-ils retrouver ? Qu’est-ce qui aura changé ?
La peur est dans chaque esprit en approchant de la gare.
Moïse est mon grand oncle, il m’a fait partager son histoire tout au long de mon enfance. Aujourd’hui , en 2007, il a 85 ans et il pense que cette expérience a profondément changé sa façon de voir la vie.
Voilà ce qu’il a écrit dans le journal qu’il a tenu durant cette période :
« Chacun a repris sa place dans sa famille, et nous espérons pour les générations futures que cela ne se reproduira plus. On dit que les voyages forment la jeunesse dans notre cas, ils forment plutôt un homme à devenir dégouté de tout et sans pitié pour la misère qu’il voit car à force de souffrir, je crois que le cœur de l’homme devient dur et insensible. Quant au caractère, il a beaucoup changé. Pour ma part, depuis j’écoute plus que je ne parle. Est-ce l’habitude que j’ai prise en Allemagne ? Par instants, je deviens rêveur et je pense : Voilà ce qu’a fait de nous deux ans et demi d’exil. »


(1) Chantiers de jeunesse : Ces chantiers, obligatoires pour tous les jeunes français, aptes physiquement à partir de vingt ans, sont sensés faire acquérir « le sens de l’ordre, le goût de l’effort et une formation virile ».


(2) Service du travail obligatoire (STO) : Instauré par le régime de Vichy en février 1943, à la demande de l’Allemagne nazie et dans le cadre de la collaboration d’état, ce service du travail obligatoire consistait à envoyer de la main d’œuvre française travailler en Allemagne

Angélique

La peur n évite pas le danger



« J'ai plus de 90 ans, ça situe le personnage, un dinosaure.» ainsi se présente Raymond. " Il y a des idées que les gens ne se font pas à propos de la guerre de 40. Ils connaissent mal cette période ou ne s'y intéressent pas : ils ne l'ont pas vécu."
Il a tenu à nous faire partager son histoire sous la forme «d'épisodes de guerre», datant de l'époque où il était p
risonnier
.


Enterré au fond d'un trou dans le sable, au bord de la Somme, Raymond et ses camarades ont pour mission d'arrêter les Allemands au niveau du fleuve. C'est alors que l'ordre est donné de battre en retraite. 70 kilomètres les séparent de Paris. La fatigue est telle que des taxis doivent venir à leur rencontre pour les récupérer. Ils reprennent ensuite position sur des collines autour de Paris pour arrêter les Allemands. Les ennemis doivent arriver par le nord mais trait de gloire du génie militaire, ils arrivent par le sud. Étant plus rapides, les Allemands prennent le dessus, Raymond et ses camarades sont fait prisonniers.

Ils sont conduits à pied à travers les boulevards de la capitale jusqu'au camp de Drancy. Le cortège forme alors une interminable file humaine. La surveillance ne peut se faire correctement, il y a bien trop de monde. Certains en profitent pour sortir des rangs et s'échapper. Raymond ne prend pas le risque car il le sait : s'il s'échappe, ce sera sa famille qui subira les représailles.


Ils restent à Paris jusqu'à la mi-juillet. Par la suite, on les prévient qu'ils vont être conduits vers un camp, à l'est de la France. En réalité, ils sont en route pour l'Allemagne. Embarqués à quarante dans des wagons à bestiaux, ils se retrouvent tellement serrés les uns contre les autres que si l'un veut s'allonger, ils sont tous obligés de se tasser. Le plus dur pour Raymond à ce moment-là est de n'avoir aucune nouvelle ni de sa femme ni de sa famille. La dernière lettre qu'il leur a écrite est restée enterrée par les bombardements de l'artillerie sur les bords de la Somme et il sait qu'elle n'arrivera jamais. Dans le train, il décide de «lancer une bouteille à la mer » en rédigeant une lettre pour sa famille. Il la jette par la fenêtre sur le quai d'une gare, proche de la ville où il habite. Comble de chance un inconnu récupère ce courrier et le remet à ses destinataires. C'est la première fois depuis son arrestation que ses proches reçoivent de ses nouvelles. Raymond, lui, devra patienter jusqu'à Noël pour apprendre que sa femme a fui le Pas-de-Calais, sous les attaques des avions italiens, pour échapper aux bombardements.
Les prisonniers arrivent en Allemagne où ils découvrent, étonnés, qu'il neige un 15 août à Nuremberg ! Dans leur nouveau lieu de résidence, en forêt de Bohème, l'hiver commence très tôt et ils ne sont bien évidemment pas préparés à un tel climat. Tous en tenue d'été, ils ne disposent pas de vêtements appropriés et n'ayant pas d'adresse, ils ne peuvent espérer aucun colis. Sans autre choix que d'affronter le froid. C'est à Noël qu'il reçoivent leur premier colis venant de la croix rouge américaine.


Pour Raymond, il est inconcevable de rester ici. Il élabore alors une évasion à pied vers la Suisse au milieu de la nuit. Mais pour cela il a besoin d'une boussole. Il n'a droit qu'à une lettre par mois, une seule page dont le contenu est contrôlé par les Allemands. Après réflexion il décide de faire parvenir à sa femme une lettre « cryptée » dans laquelle il lui demande ce dont il a besoin. Il lui expliquera dans un second courrier, un mois plus tard, comment interpréter le message, à l'aide de périphrases. Pour comprendre il fallait noter les premières lettres de chaque ligne qui, mises à la suite les unes des autres, formaient le mot « BOUSSOLE ». Sa femme, ayant elle aussi le droit de lui envoyer un colis par mois, a cuit un cake dans lequel elle a mis la boussole. Elle prend soin de la cacher près d'une extrémité et non au centre du gâteau pour qu'elle ne soit pas découverte. Elle l'envoie à Raymond.
Pendant ce temps, Raymond est emprisonné. Une cave humide avec pour seule lumière un petit soupirail. Il n'a rien à faire, sans électricité et avec une seule peur en tête : que le colis arrive pendant qu'il est enfermé là. Durant trois jours il n'a pour compagnie que des cloportes, qu'il compte et avec qui il organise des courses pour échapper au temps qui s'attarde.
A sa sortie, bien évidemment, le colis est arrivé. C'est avec soulagement qu'il constate que malgré les sondages des Allemands, la boussole n'a pas était trouvée. Après s'être remis de sa frayeur, il va jusqu'à offrir une tranche de cake à la sentinelle qui les surveille. Mais la boussole ne lui sera en fin de compte d'aucune utilité car l'évasion ne se fera pas à pied mais en train.
Pressé par le temps, il s'associe à un groupe de prisonniers qui monte un plan d'évasion par voie ferroviaire. Mais les jours défilent et le train, lui, ne passe que de temps en temps. Raymond sait qu'il ne peut pas attendre plus, s'il doit partir c'est maintenant. C'est donc seul qu'il s'infiltre dans un wagon chargé de kaolin et qu'il part vers la Suisse. Pour pouvoir passer inaperçu à la sortie du train, il s'est fait prêter des habits civils, surtout une veste en cuir pour supporter le froid. Le trajet se fait avec des correspondances : jusqu'à Munich, il a la chance de partager son compartiment avec une mère accompagnée de son enfant. Quoi de mieux pour passer inaperçu que de tenir un enfant sur ses genoux ! Les voies ferrées ont été bombardées, il ne faut pas moins d'une journée pour faire 300 kilomètres.
A Munich, il doit patienter une heure pour sa correspondance. Il profite alors des sanitaires pour faire un brin de toilette et changer de chemise. Sa veste est très usée, il a noirci le col avec du cirage, pour paraître plus correct mais pendant le voyage, le cirage a déteint. Il change de chemise mais s'aperçoit alors qu'il manque un bouton. Toujours par souci de se fondre dans la masse, par dessus il enfile son pull-over à l'envers, comme c'est la mode chez les jeunes Français, puis retourne patienter sur le quai de la gare. Tout à coup, un homme lui tape sur l'épaule, il se retourne surpris. " Tu es Français ? " lui demande l'homme en français. Raymond pensant pouvoir le duper répond en allemand : " Non, je suis Allemand ! ". Mais l'homme le regarde et lui dit : " Tu es Français, jamais un Allemand ne porterait son pull-over à l'envers ! ".
Et voilà comment une vieille veste en cuir est à l'origine de son arrestation...



Zaïnab & Angélique

L' Histoire d'Isidore




Une jeunesse heureuse à Oran, la guerre et l'indépendance d'Algérie, le retour vers la France.



C'est la place du quartier. Pour l'instant, tout est encore silencieux. Le petit commerce de fournitures scolaires de Mme Ascension vient d'ouvrir. On attend quelque chose : le marchand ambulant qui vend de la "calentica ", la fameuse galette faite avec de la farine de pois-chiche se prépare.
Bientôt, s'ouvrira la porte du patronnage tenu par les Frères Salésiens et les enfants sortiront en criant, courant et envahiront la place.
Le centre aéré du mercredi après-midi accueille Isidore.
Aujourd'hui, il nous le raconte.
Il se rappelle de tous les jeux. Le jeu de la petite guerre, où on se protège de balles en tissu avec un bouclier. Le pas de géant : il faut tourner autour d'un poteau avec une corde attachée au pied. Le jeu de l'oie, le jeu de dames. Que de fous-rires !
On apprend aussi les jeux d'adresse, où il faut lancer des jetons dans la bouche d'un crapaud.
Isidore se souvient d'avoir pratiqué l'athlétisme. Le patronnage a aussi organisé du théâtre : Isidore a tenu un rôle dans " la Passion du Christ ", il était figurant dans la foule.
Des souvenirs d'enfances liés aux Frères Salésiens qui se concluent par sa première communion.
Les années passent, Isidore devient jeune homme et avec trois garçons, il fait ses premières sorties de jeunesse. Rue d'Arzeu. C'est le lieu de rendez-vous de tous les copains, dans le Oran des années quarante. La foule des adolescents qui s'y rencontre est si dense que parfois le tramway est obligé de ralentir ou même de s'arrêter.
La rue d'Arzeu débouche sur la Place d'Armes : au moins dix lignes de tramways y ont leur terminus. C'est un lieu important : l'opéra, le cercle militaire, la mairie, la pharmacie d'urgence et un grand magasin de prêt à porter. C'est le centre ville, ça bouge. Isidore et les jeunes gens de son âge se rassemblent là pour décider du lieu de leur sortie : cinéma, bal et quand le temps le permet, sortie à la plage Bouisville. On y va en empruntant la corniche qui part du complexe sportif l'Oranaise et va jusqu'à Aïn-El-Turk, petite station balnéaire : vingt kilomètres de plage ininterrompue.

Les sorties ne sont pas les seules occupations d'Isidore, il y a aussi l'école ! Il passe son CAP de comptable vers seize ans. Ce choix de métier est influencé par la passion d'Isidore pour les chiffres et l'écriture.
A dix-neuf ans, c'est l'armée, la guerre pour vingt-sept mois, un moment éprouvant, les horreurs n'épargnent pas le moral d'Isidore. A la fin de la guerre, à vingt-et-un ans, il rentre du régiment. Il se repose à Casablanca chez une tante et ses cousins, Antoine et Marie-Louise.
De retour à Oran, le destin lui fait rencontrer Antoinette. Ce sera sa future épouse. Trois enfants naitront : Denis, Martine et Sandrine.

Isidore assure la vie de famille en continuant sa fonction de comptable dans plusieurs entreprises : d'abord à la Minoterie Puga, qui produisait de la farine de blé tendre, puis dans le port d'Oran, chez un réparateur de bateaux : l'équipe était déjà prête à intervenir dès la réception des S.O.S lancés par les bateaux en difficulté en pleine mer. Isidore travaillera aussi chez Peugeot.
En 1962, à trente huit ans, l'indépendance de l'Algérie oblige Isidore et sa famille à rentrer en France. Toutes les familles expatriées recueillies dans le Doubs, sont logées au Château de Bouclans à côté de Besançon, transformé pour cet événement en plusieurs " box" familiaux, nous raconte-t-il. Antoinette, tout en étant mère de famille, trouve le temps de travailler comme couturière dans un atelier de confection.
Trois mois passent. Isidore rencontre un directeur de fonderie qui lui propose d'exercer son métier et lui trouve un logement pour lui et sa famille pendant un an. Vers la fin de cette année, les projets professionnels d'Isidore sont influencés par la rencontre d'un représentant en assurance-vie. Echappant au chômage, Isidore va devenir assureur, il sera formé par ce représentant qui n'oubliera pas l'objet de sa visite : lui vendre une assurance-vie.
Par la suite, Isidore et Antoinette partent vivre vingt-cinq ans à Argenteuil. C'est là que Denis, leur fils, est aujourd'hui encore prothésiste dentaire et c'est là aussi, qu'Isidore reviendra à son premier métier, ceci jusqu'à sa retraite.
Nous remercions Isidore de nous avoir dévoilé sa vie personnelle et de nous avoir accordé de son temps pour la rédaction de ce texte.

Virginie & Aline

Amitié


Marcelle et Simone sont deux dames liées d'une grande amitié depuis qu'elles se sont rencontrées à la Maison de Santé en février dernier.

Elles font tout ensemble, regardent la télévision ensemble, passent leurs après-midis ensemble. Elles sont pleines de petites attentions charmantes l'une pour l'autre.

Simone n'a jamais travaillé car elle est atteinte d'une maladie grave depuis son plus jeune âge. Marcelle nous raconte sa vie d'agricultrice : elle faisait sept kilomètres aller et retour chaque jour pour aller vendre ses légumes au marché. Elle les cultivait avec son mari sur leurs treize hectares. Un travail difficile, sans l'aide d'ouvriers agricoles sauf pour les vendanges.

Elles nous montrent un scoubidou installé sur un trousseau de clés comme gage de leur amitié.
Sur la photo, il y a aussi Marie-Claire avec Marcelle et Simone. Chaque lundi, elle vient voir Simone.
Amitié et fidélité.
Gaëlle et Chantal

Grand Mère


Mme L. comme beaucoup de femmes de sa génération, a consacré sa vie à son mari, ses cinq enfants ainsi qu’à sa maison.

Femme généreuse de nature et mère avant tout, les départs successifs de ses enfants ainsi que les déplacements courants de son mari, lui laissèrent pendant un temps une grande maison vide, et surtout peu d activités.
Puis les naissances successives de ses petits-enfants furent pour elle un véritable enchantement. Lors de leurs visites, elle retrouvait les rires et les cris des enfants si chers à son cœur.
Souvent, elle organisait des pique-niques improvisés dans le jardin, des goûters d’anniversaire, des chasses aux trésors et bien d’autres jeux qu’elle inventait, ce qui ravissait tous ses petits enfants.
Mais l’éloignement géographique grandissant avec le temps et avec les choix de chacun de ses enfants, ces moments de bonheur simples et si importants pour elle furent de plus en plus rares.
La vie suivant son chemin, son mari mourut.
Mme L. fut profondément touchée de ce départ, et sa solitude s’étendit d’autant.
A l’époque, le plus âgé de ses petits enfants était entre chômage et emplois précaires. Elle lui proposa de vivre chez elle pour le dépanner, et elle, pour avoir un peu de compagnie.
Etant lui-même en conflit avec ses parents et fragile financièrement, il accepta l’offre généreuse de Mme L.
Ainsi pendant un temps, il vécut chez elle partageant son quotidien, l’aidant pour les tâches diverses de la maison, ainsi que pour ses courses.
Il lui permit aussi par sa présence utile et rassurante, de réinviter plus souvent ses autres petits enfants, lui laissant profiter au maximum de leur venue sans trop la fatiguer.
Plus tard, ayant des opportunités d’avenir, il finit par quitter Mme L. à regret.
Aujourd’hui, elle vit seule, mais ses enfants en sont plus conscients et certains passent régulièrement la voir.
De plus ils se sont cotisés pour lui offrir un ordinateur et internet.
Et ainsi elle reste en contact régulier avec ce qui est le plus important depuis toujours pour elle : sa descendance.
Voici donc l'histoire inachevée de Mme L., une mère de vocation et une grand mère attendrissante.
Et j’ai eu l'honneur d’être le premier de ses petits enfants.
Sébastien

papi d'adoption


Tout ceci pour vous expliquer qu’Hélios est devenu mon papi d’adoption.
Mes grands parents maternels et ma grand-mère paternelle sont décédés avant ma naissance. Quant à mon grand père paternel, les relations conflictuelles entre mon père et lui, ont fait que je n’ai pu le rencontrer qu’à partir de mes dix-huit ans et hélas, il est décédé lorsque j’avais vingt ans...Tout ceci pour vous expliquer qu’Hélios est devenu mon papi d’adoption.
Il habitait six mois à Nîmes et le reste du temps au Grau Du Roi.
Après le décès de son épouse, ma mère et moi, nous nous partagions l’entretien de ses maisons, c'est-à-dire moi à Nîmes et elle, au Grau Du Roi. Au fil des jours, des mois et des années, une amitié filiale s’est créée.
Depuis un an, Hélios a vendu sa maison de Nîmes pour aller vivre toute l’année au Grau Du Roi. Donc maman continue à aller chez lui deux à trois jours par semaine. Mais en dehors de cela, Hélios nous accueille chez lui, exactement comme un papi accueillerait sa famille.
Il nous raconte souvent des histoires de jeunesse troublantes et rigolotes à la fois.
Il vivait au Vigan, un petit village aux portes des Cévennes. Le soir, les jeunes se réunissaient sur la place du village pour faire la cour aux demoiselles.
Hélios nous a toujours fait remarquer, que malgré une vie difficile, le bonheur et le sourire de sa maman était au rendez-vous. Il a hérité de son énergie à toujours trouver la joie de vivre dans les moments éprouvants.
Il nous parle aussi des moments passés avec sa femme, ce qui nous touche car nous l’avons connue à la fin de sa vie. Elle était malade et il s'en est beaucoup occupé. Parfois il en reparle avec un pincement au cœur mais de suite il préfère passer aux moments où il était en couple avant que la maladie vienne s’immiscer dans leur vie.
Un des soucis d’Hélios est de ne pas trouver les aliments à son goût. Les produits qu’il cultivait n’ont rien à voir avec ceux vendus actuellement. Par exemple, une salade mettait deux à trois mois pour pousser alors que maintenant avec beaucoup d’eau et d’engrais en vingt cinq jours elle est dans nos assiettes.
Je me rends compte que nous lui rendons visite presque plus souvent que sa propre famille.
Ceci mis à part, je n'aurais pas cru qu'une personne totalement étrangère au départ, pourrait tenir le rôle du papi pour mon fils et moi.
J’ai toujours été convaincue que les relations humaines étaient l’opium du peuple mais là, cela va au-delà de toutes espérances.
J’ai voulu lire ce texte à Hélios avant de le publier pour avoir son approbation et peut-être aussi un peu son avis. Qu'elle ne fût pas ma surprise lorsque j’ai levé la tête et vu que ses yeux brillaient. Il m'a dit :
« Que veux-tu que je rajoute à cela… Tout est dit ! »
Je me suis levée et l’ai pris dans mes bras.

Aline